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La Bibliothèque malgache a fait peau neuve.
Vous retrouverez la forme ancienne du site et son contenu en suivant ce lien.
Ici s'installent des collections diverses, à Madagascar et au-delà des rivages.
Les titres de la nouvelle Bibliothèque malgache numérique sont disponibles en différents formats dans les librairies.
C'est-à-dire qu'ils sont payants, mais à des prix très serrés.

Décembre 2016

Ohnet_5

«Quand Charles descendit de l’avion, il tombait des cordes. Au contrôle des passeports, il était trempé. Lui qui avait prévu de passer l’hiver au soleil, se dit que cela commençait mal. Il récupéra son bagage, passa la douane et se présenta à l’enregistrement pour sa destination finale, le sud. Il eut la désagréable surprise d’apprendre que l’avion aurait une heure de retard. Il en profita pour faire du change. On lui donna des billets neufs; il ignorait qu’il n’en reverrait plus de sitôt.»

Né en 1940 aux portes de Paris, Alain Jeanpierre a quitté la France à douze ans pour la Suisse où il a passé la plus grande partie de son adolescence. Après un baccalauréat de philosophie, dix-huit mois de service militaire et deux ans aux Beaux-Arts de Paris, il a entamé une carrière d’architecte d’intérieur qui l’a mené en Italie, en Afrique et aux Antilles. Depuis 1989, il vit la tête en bas… dans l’hémisphère Sud. On l’a croisé, lui ou son double, comme personnage dans Roman Vrac, de Jean-Claude Mouyon.

1,99 euros

Ohnet_5

Édouard Deburaux (1864-1904) a signé Léo Dex de nombreux ouvrages écrits en collaboration avec Maurice Dibos (1855-1931) et consacrés aux voyages en ballon. Ce roman prend prétexte de troubles à Madagascar pour une traversée aérienne de la Grande Île. Les faits, imaginaires, ne sont pas précisément datés. Mais on peut les situer, par recoupement, vers 1893 ou 1894. Il s’agit d’un grand roman d’aventures, dans l’esprit où Jules Verne a pu écrire Cinq semaines en ballon. Madagascar n’est ici qu’un décor. Décrit cependant avec précision grâce à la présence, parmi les aéronautes, d’un explorateur qui a beaucoup voyagé dans l’île. Nommé Gradnier dans le roman, il a de toute évidence été inspiré par Alfred Grandidier et, comme lui, connaît tout ou presque de Madagascar à cette époque.

2,99 euros

Supplément à novembre 2016

Rimbaud

Depuis une vingtaine d’années, c’est-à-dire que j’ai pris le train en marche, je lis les livres de Dany Laferrière. Nous avons aussi parlé à diverses reprises, avec une proximité de plus en plus grande : le premier entretien, en 2008, s’est fait par courriel ; l’année suivante, par téléphone ; et, en 2012, à une terrasse de bistrot à Bruxelles. Les circonstances ont ainsi fait que, le temps passant, l’œuvre et son auteur se sont de mieux en mieux confondus dans mon esprit.

À travers la quinzaine d’articles de tailles variables rassemblés ici, tels qu’ils ont été publiés dans Le Soir, se dessine peut-être, je l’espère, une trajectoire littéraire et humaine à travers laquelle il est possible d’introduire Dany Laferrière auprès de celles et ceux qui l’ont encore peu lu, ou même qui ont encore à le découvrir. (Pierre Maury, dimanche 6 novembre 2016.)

0,99 € à partir du 1er décembre 2016

Novembre 2016

Ohnet_5

«Mata-Hari, la danseuse indienne, souple et nue, sous ses parures, qui s’étirait comme un serpent sur la scène, a fait sa dernière apparition. Elle a été fusillée, hier, à Satory, comme espionne. Ce fut la véritable espionne des romans populaires : immatriculée par la police, chargée de missions clandestines, et rendant au pays qui la payait richement de sérieux et abondants services. C’est un jeu à se faire casser la tête. Elle l’a bien vu. Elle est du reste morte crânement, sans se laisser bander les yeux. Et douze lingots de plomb ont troué ce magnifique corps de femme, qui était celui d’une fameuse coquine.»

2,99 euros

Ohnet_5

Georges Ohnet a écrit, comme beaucoup de ceux qui ont vécu ces années-là, sur la Grande Guerre.

Pourquoi exhumer son Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914 de préférence à d’autres textes qui lui sont contemporains?

Pourquoi rééditer les 2176 pages de ce Journal alors que l’inexistence littéraire de Georges Ohnet est avérée et que même ses écrits sur la guerre ne présentent qu’un intérêt mineur?

La réponse est évidente: parce que Georges Ohnet, parce que ses lecteurs, parce que son statut auprès de ceux-là même dont Jules Lemaître mesurait l’esprit assez étroit pour se retrouver chez lui comme s’ils étaient chez eux.

Le témoignage du feuilletoniste, ses impressions de guerre, sa logorrhée de commentateur imprécis, tout cela représente très probablement une pensée assez commune à bien d’autres Parisiens. Elle tient du Café du Commerce? Oui, sans doute. Mais ces «longues» de comptoir nous disent un état d’esprit. Et celui-ci mérite d’être connu.

10,99 euros

Octobre 2016

Ohnet_5

«La promenade pacifique d’un jeune naturaliste qui abandonna son laboratoire du Muséum où il était préparateur, pour aller là-bas, du côté des rivières mal connues, sous les forêts sans chemins du Ménabé, chercher quelques fleurs nouvelles, quelques échantillons de pierres manquant à la géologie; promenade d’un an autour de Nosy Miandroka et de Morondava, à travers les tribus sakalaves, de l’enclos où trône un vieux chef aveugle, collectionneur d’amulettes, à la hutte où une vieille buveuse de rhum, demi-reine et demi-fermière, prépare elle-même, le soir, le lit du voyageur. Il y a dans ces notes autre chose que les sèches observations d’un savant: des détails de mœurs amusants, des descriptions de cérémonies étranges, surtout beaucoup de bonne humeur naïve et de franchise aventureuse.» (Le Journal.)

2,99 euros

Ohnet_5

Les Lettres à l’amie de Jules Renard, publiées en deux livraisons de La Nouvelle Revue française, en juillet et août 1913, me sont apparues comme des évidences. Je ne les connaissais pas. Vous non plus, peut-être. Elles gagnent à être connues. Il y a là une joyeuse mauvaise foi appliquée à une relation amoureuse qui finit en histoires de la campagne – comme on en trouve aussi dans le Journal. (L'éditeur.)

0,99 euros

Septembre 2016

Ohnet_5

«Ce qui se passait à la cour de Russie et qui a abouti à cette Révolution si rapide qu’on dirait un écroulement, commence à être connu. C’est fabuleux ! Il paraît que depuis de longues années la haute société russe, et le monde de la Cour particulièrement, était adonnée aux pratiques de l’occultisme. Ces malheureux étaient à la merci de simulateurs très habiles qui les avaient poussés à une croyance aveugle dans le spiritisme. Une sorte de mysticisme érotique brochait sur le tout, si bien que le secret de l’importance prodigieuse de Raspoutine et de Protopopof est là. Ils faisaient tourner les tables, endormaient les grandes dames, et se livraient à des pratiques sadiques qui auraient dû les mener tout droit à la potence. C’est par des crises de magnétisme que l’Impératrice était tombée littéralement sous la domination de Raspoutine. Elle lui écrivait des lettres d’hallucinée, en proie aux transes du baquet de Mesmer. Raspoutine fut le Cagliostro crasseux, malodorant, aux cheveux gras et aux ongles en deuil, de cette société en décadence, et livrée aux émotions mystico-sensuelles.»

1,99 euros

Ohnet_5

Le 4 octobre 1883, l’Orient-Express part de la gare de l’Est à 19 heures 30, emportant vers Constantinople ou, comme le dit Edmond About, Stamboul, des passagers invités. Parmi eux, quelques journalistes et un écrivain sont particulièrement chargés de faire la promotion de l’événement. Deux d’entre eux au moins reviendront du voyage «avec un livre sous le bras», comme l’écrit Octave Uzanne dans Le Livre. Une manière d’exprimer de la reconnaissance envers Georges Nagelmackers, fondateur de la Compagnie internationale des wagons-lits, et qui était du voyage. Edmond About, écrivain alors célèbre et sur le point d’être élu à l’Académie française, rédige De Pontoise à Stamboul, qui occupe à peu près la moitié d’un volume de 300 pages complété par des textes plus brefs. Henri Opper de Blowitz, qui est à Paris le correspondant du Times, fait mieux encore avec Une course à Constantinople, plus de 350 pages.

2,99 euros

Mars 2016

Ohnet_5

«Quel dommage, vraiment, que l’humanité ne soit pas assez parfaite pour que chacun puisse lire sans danger et comprendre de tels écrits! Aux yeux de la plupart et des moins prévenus, le Cycle patibulaire, par sa profondeur et sa rare beauté, par sa superbe synthèse évoquera le souvenir des anciennes œuvres sacrées sur l’amour, et apparaître presque avec les allures magnétiques des vieux tarots et des livres sibyllins.» Hubert Stiernet, La Société nouvelle, août 1896.

1,99 euros

Ohnet_5

Adolphe Badin n’a pas laissé de traces marquantes dans l’histoire de la littérature française. Ce journaliste, né à Auxerre en 1831 et mort dans les années 1890, a pourtant beaucoup publié. Sur le théâtre en particulier, un milieu qu’il fréquentait professionnellement. Mais ses goûts le portaient vers les aventuriers. Authentiques voyageurs, comme des marins – on lui doit une biographie de Jean Bart –, ou personnages romanesques qu’il envoyait vers la Russie, en Algérie ou… à Madagascar. Ce roman, paru en 1896 chez Armand Colin, est d’abord une explication de l’expatriation sur des terres nouvelles: faire fortune à Madagascar serait plus facile que de végéter dans le milieu délétère de la Bourse parisienne. Puis il met en scène l’avancée de l’armée française de la côte ouest jusqu’à la capitale malgache.

1,99 euros

Février 2016

Magascar1914

Il ne fait pas toujours bon montrer au pays colonisateur ce que les bien-pensants ne veulent pas savoir de leurs territoires lointains et quelles mœurs s’y pratiquent. Dans Romans-revue, où l’on lit, lèvres pincées et yeux furibards, toute une production littéraire où l’exotisme s’exacerbe en érotisme, Charles Renel est salué en décembre 1923 pour sa connaissance du pays et la qualité de la description qu’il en fait. Quant au «Décivilisé», il reçoit un jugement sans appel: «Le livre est mauvais: il a pour la vie sensuelle des noirs et pour les mœurs déplorables de ces pays des complaisances scandaleuses; il fait bon marché des missions catholiques; il prêche des idées fausses et injustes.» Romans-revue, faut-il le préciser, est une publication catholique qui revendique la propagande de la foi. L’incompatibilité est totale.

1,99 euros

Sainte-Beuve_Balzac

Edmond Picard… On écrit le nom avec des pincettes, on le réédite en sachant combien l’antisémitisme et le racisme du bonhomme sont répugnants. Même quand il voyage au Congo, il faut qu’il trouve un détour pour vilipender les Juifs. Moins que les Noirs, certes. Ceux-ci, il les a sous la main, sous les yeux et, peut-on dire, dans le nez. La question des «races», qui compte (et l’écrire n’est rien) pour Edmond Picard, trouve des aliments nouveaux dans son voyage, même s’il n’en avait pas besoin pour se convaincre. «Malgré les bonnes volontés les plus humanitaires, l’irréductible différence des races s’affirme; elle s’affirme malgré les rêves chrétiens, l’automorphisme bienveillant qui parfois, au passage des noirs et des noires, nous fait objectiver en eux nos sentiments, nos pensées, nos aptitudes», la démonstration est sans appel. Forcément: il y est allé, il a vu et ne raconte que ce qu’il a vu. À peine revendique-t-il ses conclusions – elles sont, dans son esprit, de telles évidences!

2,99 euros

Ohnet_5

«Les engins blindés que les Anglais viennent de sortir, dans les dernières attaques de Picardie et qui sont dénommés tanks, crèmes de menthe, chenilles, etc., et qui en réalité représentent assez bien les anciennes tarasques qui crachaient du feu, ont causé à nos ennemis un émoi dont ils ne sont pas encore revenus. Or, il paraît que l’engin en question a été inventé par un Allemand, rejeté avec dédain par les Comités militaires, et adopté par les Anglais, qui ont vu, tout de suite, le parti qu’on en pouvait tirer.

Les Allemands, désolés, s’arrachent les cheveux devant leurs tranchées nivelées, leurs fils de fer arrachés, leurs blockhaus démolis, leurs organisations de défense, avec mitrailleuses à tous les coins, aplaties, comme des petits pâtés de sable faits par les enfants dans un jardin. Comment n’ont-ils pas pris les devants, avec une découverte aussi importante? Quels sont les ânes qui ont repoussé l’inventeur? C’est à se damner! Déjà les préparations d’artillerie des Alliés étaient irrésistibles. S’il faut y ajouter le choc de ces machines à détruire et à tuer que les Anglais lancent sur l’ennemi, à quoi se reprendre? Hélas! On ne se reprendra pas. Toute avance à la guerre ne se rattrape plus. Nous en savons quelque chose.»

1,99 euros

Ohnet_5

«Si la France avait fait, pour briser le front allemand, le même effort que les marchands d’alcool font pour résister à la coalition qui s’est formée pour empêcher la vente du produit meurtrier, il y a beau temps que la guerre serait finie. Jamais on n’a vu gens se remuer autant, protester mieux, discuter davantage, employer plus ardemment tous les moyens de résistance connus et inconnus pour conserver le privilège d’empoisonner l’espèce humaine.

Et c’est un curieux spectacle de voir le Parlement, intimidé par cet assaut de tous les marchands de poison, ne pas oser entamer l’œuvre de salut qui consisterait dans l’interdiction de la vente de l’alcool de bouche. Il sera intéressant de voir qui l’emportera, de l’intérêt particulier, représenté par cinq cent mille bistros, ou de l’intérêt général qui représente la France entière.»

1,99 euros

Janvier 2016

Magascar1914

On ne sait trop ce qui a poussé Émile Blavet (1838-1910) à s’embarquer, en février 1896, pour Madagascar. Auteur d’opéras et dramaturge, il était aussi journaliste et pratiquait La vie parisienne (titre de plusieurs de ses livres signés du pseudonyme de Parisis) avec un certain talent. S’il faut en croire, du moins, Zola préfaçant un de ses ouvrages: «Vous êtes, mon cher confrère, un des rares chroniqueurs entre les mains desquels on peut se mettre en toute sécurité; car vous n’êtes pas seulement un œil qui voit et une oreille qui écoute: vous êtes encore un esprit qui apprécie et qui juge.»

Madagascar n’est pas Paris, mais l’homme qui s’y rend ne change pas. Il importe avec lui ses préjugés et ses références littéraires. «Son racisme béat», écrit Jean-Louis Joubert dans un commentaire plus proche de nous dans le temps.

1,99 euros

Sainte-Beuve_Balzac

Quand il publie, en 1889, les nouvelles de Ceux de la glèbe, Camille Lemonnier n’est plus, depuis quelques années déjà, un inconnu. Philippe Gille signale, dans Le Figaro du 6 février, un livre qu’il a peut-être feuilleté distraitement – il n’y compte que six nouvelles, alors qu’il y en a sept –, comptant probablement sur la notoriété de l’auteur pour s’épargner une lecture plus fouillée. Ces nouvelles sont, se contente-t-il de dire, «écrites avec la haute couleur, la franchise, j’allais dire la brutalité des œuvres de ce romancier de grand talent.» Fermez le ban.

Le Livre y consacre, le 10 mars, un article plus consistant où on lit notamment ceci: «Il y a une singulière poésie dans la Genèse, la nouvelle qui ouvre le nouveau volume de Camille Lemonnier; on y sent comme un reflet de la Bible, une Bible moderne, au langage plus rapproché de nous; la figure de la vieille Ka, enfantant sans cesse pour peupler la terre, a une allure grandiose qui impressionne et saisit.»

1,99 euros

Ohnet_5

«L’autre événement c’est la visite d’un Zeppelin à Paris. Ce pirate aérien visait à détruire nos grands établissements métallurgiques, afin d’arrêter la fabrication des obus. Il a raté son coup. Mais il n’a pas épargné la population. Il a tué, blessé des femmes, des enfants, des vieillards, parmi des ménages pauvres et des quartiers excentriques. La clameur de joie sauvage qui s’est élevée de toute l’Allemagne à la nouvelle de ce féroce et stupide exploit nous donne une fois de plus la mesure de l’état moral de nos ennemis. Ce sont de sombres brutes et de lâches coquins. Ils applaudissent l’assassinat nocturne et admirent l’audace de leurs aviateurs qui viennent, au hasard et comme effarés, jeter sur les faubourgs de la ville des engins destinés à des usines qu’ils ne prennent pas le temps de découvrir, tant ils sont pressés de se sauver.»

1,99 euros

Ohnet_5

«Après une immobilité qui a duré de longs mois, et que les Allemands nous donnaient volontiers pour un épuisement total, les Russes viennent de reparaître formidables et triomphants. Leur offensive lentement préparée, soigneusement munie d’armes et de projectiles, s’est affirmée par un coup de tonnerre. En huit jours, comme dans une nouvelle campagne d’Iéna, les Impériaux écrasés ont perdu cent mille prisonniers, un matériel de guerre immense, et bien plus: la confiance qu’ils avaient dans leurs retranchements jugés inexpugnables. La vaillance russe a tout brisé, et dans une revanche éclatante des échecs passés, réoccupé la Galicie, la Bukovine et menacé la frontière allemande. Nous saluons la victoire glorieuse de nos fidèles alliés. Lorsque, sans armes, sans cartouches, sans obus, ils se défendaient avec leurs baïonnettes contre les artilleries écrasantes d’Hindenburg, nous avons par notre offensive en Artois et en Champagne tout tenté pour les secourir. Nous nous félicitons de leur rentrée en ligne qui va nous assurer la victoire, en précipitant la défaite allemande.»

1,99 euros

Novembre 2015

Magascar1914

Le magicien toulousain (1838-1913) débarque à la cour de Madagascar en 1886 pour distraire la reine Ranavalona III. Les relations entre le gouvernement de la Grande Île et la France sont tendues. Les Britanniques sont en première ligne. Mais Marius Cazeneuve se fait fort, en utilisant son art de la persuasion, de redresser la barre et d’offrir à son pays ce qui, croit-il, lui revient de droit : la domination de Madagascar. Puisqu’il raconte lui-même son séjour, il convient de le lire avec une certaine méfiance : il s’y donne en effet un rôle si important que sa version paraît trop belle pour être vraie. Bien qu’il s’en défende, il est probable qu’il a considérablement exagéré les choses dans cet autoportrait flatteur. Mais son récit est toujours agréable à suivre et il permet de découvrir la vie de l’époque dans la capitale malgache.

2,99 euros

Sainte-Beuve_Balzac

Étienne Grosclaude (1858-1932) était un célèbre humoriste, auteur de nombreux ouvrages dont la plupart reprenaient ses chroniques parues dans différents journaux et magazines. Jules Lemaître se disait fasciné par son «irrévérence universelle», ses «inventions de fou dialecticien» et l'apparence d'«élégance imbécile» de ses textes. Grosclaude touchait à tous les sujets, et décida un jour d'aller en chercher du côté de Madagascar.

Embarqué le 10 août 1896 sur le Yang-Tsé en même temps que Gallieni, il passe quelques mois sur la Grande Île d'où il rapporte un récit bien dans sa manière. L'humour y est omniprésent et l'auteur fait exception parmi les voyageurs de son époque en ironisant autant sur lui-même que sur les Malgaches. Sans se départir de l'idéologie dominante, il parvient malgré tout à faire goûter ses traits d'esprit.

En guise d'auto-présentation, Étienne Grosclaude raconte à sa manière, c'est-à-dire sur un mode plaisant et fantaisiste, comment il a a été amené à effectuer ce voyage. Ce texte est extrait d'une anthologie de Paul Acker.

2,99 euros

Ohnet_5

«Hier, aux Invalides, pour compter et admirer les canons pris aux Allemands dans les derniers combats en Champagne et en Picardie, il y avait foule. Ce sont de laids modèles que ces produits de Krupp, et vraiment ils sont représentatifs de la lourdeur et de la brutalité teutonnes.

C’est ce qu’un officier, très simplement, expliquait à trois jeunes filles, qu’il accompagnait, hier, dans la cour des Invalides, par ce beau dimanche d’octobre, digne de l’été, et où les feuilles jaunissantes tombent cependant, annonçant l’hiver. Ce brave soldat avait le bras droit en écharpe et la tête bandée. Il portait sur la poitrine la croix de la Légion d’honneur et la croix de Guerre. Les jeunes filles l’écoutaient avec un air d’admiration. On sentait qu’elles le trouvaient beau, séduisant, charmant, avec sa tête emmaillotée et son bras blessé. L’une d’elles, du bout de son ombrelle fouettait la culasse du lourd canon, tout noir, qui servait à la démonstration, et rien ne pouvait dépasser le mépris haineux de ce geste de jeune fille frappant le canon prisonnier. C’était toute l’armée allemande qu’elle fustigeait de ce coup d’ombrelle sur la culasse vide.»

1,99 euros

Ohnet_6

«La médaille militaire est la plus belle des récompenses que puisse recevoir un soldat. C’est la décoration suprême qu’obtiennent les commandants d’armée. Et il semble qu’en rapprochant les grands chefs militaires des simples soldats héroïques, on les honore. Comment se fait-il que cette médaille si enviée, il faille que celui qui en est décoré la paye? Oui, tout soldat qui obtient la médaille militaire doit verser huit francs cinquante, pour obtenir la délivrance du modeste bijou en argent qui s’attache au ruban jaune liseré de vert. On m’assure que, faute de ce versement, le ruban seul est remis au titulaire qui n’est pas convoqué sur le front pour recevoir, devant tous ses camarades, l’accolade du chef. J’ai peine à croire que cela puisse être. Quoi! Pour huit francs cinquante? Une telle lésinerie de l’État à l’égard de braves qui se sont fait mutiler à son service? Pour huit francs cinquante, priver un héros de sa juste récompense? À lui, qui a donné sa jambe, son bras ou ses yeux, ne pas donner la modeste petite effigie en argent, mais la lui vendre?

Je savais que les civils, à qui la croix de la Légion d’Honneur est accordée, paient vingt-cinq francs le bijou qui leur est remis. Ce sont des droits de chancellerie, qui n’ont pas très bonne façon, mais qui sont pourtant admissibles. La redevance des huit francs cinquante pour la médaille militaire est inacceptable. Il est des braves très pauvres qui n’auraient pas eu la petite somme nécessaire pour payer leur médaille, si on n’était pas venu à leur aide. Il me paraît difficile à expliquer que dans la sarabande des milliards à laquelle nous assistons, il n’y ait pas un petit peu d’argent pour donner gracieusement à nos héros leur récompense.»

1,99 euros

Octobre 2015

Magascar1914

À la sortie d’Un homme si simple, Raymond Cogniat rencontre André Baillon pour Comœdia. L’entretien paraît dans le numéro des lundi et mardi 1er et 2 juin 1925 : « M. André Baillon parle comme il écrit, simplement, sans affectation, sans mots inutiles ; il répond en quelques mots aux questions qu’on lui pose, même lorsqu’elles sont indiscrètes ; il s’exprime brièvement, mais sans hâte, et attend de nouvelles questions. »

Ce qu’il explique ? Comment il voulait raconter ce qu’il avait vu et vécu à la Salpêtrière. « J’avais fait un premier séjour de deux mois environ il y a deux ans ; l’année dernière, j’y suis retourné une quinzaine de jours. » Comment aussi il a été entraîné, « presque contraint », à écrire d’abord sa propre histoire. Il ne se masque pas derrière la fiction : « Les femmes dont je parle existent, et aussi la petite Micheline, et le docteur avait raison : elle était l’épine qui empêchait ma guérison. Quand je terminai ce livre, j’en fus débarrassé ; dès qu’on connaît les causes de son mal, on est presque guéri. »

1,99 euros

Sainte-Beuve_BalzacLe 27 mars 1926, le supplément littéraire du Figaro publie un extrait de Chalet 1 que les lecteurs découvrent ainsi en avant-première : « Sous ce titre, M. André Baillon va faire paraître, chez les éditeurs Rieder & Cie, un roman qui est un peu la suite d’un Homme si simple. Il fait défiler devant nos yeux, dans ce livre, toutes les figures qu’il a rencontrées durant les mois douloureux qu’il a passés là-bas, malades, médecins, infirmières, visiteurs. »

Par ce livre « étrangement émouvant », Henry Bidou semble avoir été bouleversé, à en croire son article de La Revue de Paris : « ce récit sans ornements et sans phrases est un des plus poignants qu’on puisse lire. Le peuple de ces êtres puérils, diminués, instinctifs, chimériques, tantôt isolés, tantôt réunis en un seul être collectif, forme un tableau saisissant. […] Drames naissants, ruses, machines, humeurs subites, affolements, toute l’humanité est dans ce petit livre. Pour connaître les hommes, regardez les fous. »

1,99 euros

Ohnet_5« À l’Exposition de San Francisco, le pavillon français, prêt au jour dit, avec toutes les belles choses que nous avons envoyées de l’autre côté de l’eau, a eu les honneurs du triomphe. C’est lui qui a attiré toute l’attention, obtenu tous les suffrages. On n’avait pas cru en Californie que notre pays engagé dans cette formidable guerre trouverait dans son activité industrielle, commerciale et artistique les moyens de réaliser sa promesse de participer à l’Exposition. Très galamment, le comité nous avait d’abord offert de nous rendre notre parole, puis de nous donner l’hospitalité, dans une de ses constructions.

Nous avons refusé, en souriant, tous ces affectueux témoignages, et déclaré que nous serions prêts le jour de l’inauguration. Ponctuels, précis, parés, brillants, nous avons ouvert notre pavillon au jour dit. Les autres pays sont en retard, mais nous point. Et alors c’est un sujet d’admiration pour les Américains, une occasion de louanges, un prétexte à acclamations. Nous sommes toujours les Latins, généreux, artistes et élégants. Nous savons faire la guerre. Mais nous savons aussi faire autre chose de gracieux, de brillant, et de chevaleresque. »

1,99 euros

Ohnet_6

« Chasseurs, mes frères, jamais il n’y a eu tant de gibier que cette année, malgré le braconnage intense auquel se sont livrés nos braves troupiers. J’avais donné l’ordre chez moi de ne pas les tourmenter. Ils en ont profité. Lièvres tués à coups de bâtons, lapins pris au collet, ou dans les terriers défoncés. Ils ont corsé leur ordinaire. Mais ils n’ont pas pu attraper les perdrix. Et elles en ont profité pour croître et multiplier. Il y a de nombreuses et belles compagnies partout. La mobilisation nous a débarrassés d’une grande quantité de braconniers. Ils sont sous les armes, et ils font sans doute, ailleurs, ce que leurs camarades font chez moi. Mais ce qu’ils ne peuvent plus pratiquer, c’est le panneautage. Et c’est le salut de la perdrix.

Car c’est une grosse affaire que de panneauter. Il faut d’abord se réunir à quatre ou cinq connaissant bien le métier, et posséder une pantière. Une pantière est un filet à mailles larges, ayant un mètre vingt de hauteur, sur cinquante mètres de largeur, au moins. Ce braconnage se pratique la nuit, et par un temps sombre. La lune ne vaut rien. Le filet, posé sur des bâtons plantés dans la terre, forme une barrière tendue, derrière laquelle deux des panneauteurs guettent, pendant que les deux autres venant à petit bruit, du bout le plus éloigné de la plaine, poussent comme en battue le gibier mal réveillé, vers la pantière qui les attend au passage. »

1,99 euros

Septembre 2015

Le Prix du roman de l’Académie française, devenu Grand Prix du roman en 1984, a été décerné pour la première fois en juillet 1915. Son centenaire, en octobre 2015, est une belle occasion de faire découvrir, plus sûrement que redécouvrir, deux des premiers lauréats.

Paul Acker venait de disparaître sur le front de la Grande Guerre quand il fut choisi, au double titre de romancier et de mort pour la patrie, pour inaugurer le palmarès.

Charles Géniaux, deux ans plus tard, avait frappé les esprits avec un ouvrage publié sous forme de feuilleton et qui serait publié en 1918 seulement en volume.

Magascar1914En 1915, le conflit pousse l’Académie française à saluer, à travers les prix littéraires qu’elle décerne, des écrivains morts au combat. Charles Péguy, un des premiers disparus, reçoit ainsi, à titre posthume, l’important Grand Prix Broquette-Gonin. Alain-Fournier, le Prix Jules Davaine. Et, parmi beaucoup d’autres lauréats, mais inaugurant pour l’ensemble de son œuvre le palmarès du Prix du roman, Paul Acker. Paul Acker est né le 14 septembre 1874. Il a donc quarante ans quand il meurt pour la France, près du front de Thann, le 27 juin 1915, dans un accident. Une centaine de kilomètres, à vol d’oiseau, séparent son début et sa fin. Mais, entre les deux, il a écrit, en particulier des romans. À défaut de rééditer son œuvre complète pour le centenaire de la création du Prix du roman, nous avons choisi de donner à lire Les exilés. En 1911, Paul Acker y ouvrait son cœur d’Alsacien et désignait la déchirure qui le blessait : quelle était encore l’identité d’une terre annexée par l’Allemagne en 1871 alors que ses habitants, ou du moins une partie d’entre eux, se sentaient Français ? Un livre très enraciné dans le territoire d’où vient son auteur et bien dans l’esprit de son époque.

1,99 euros

Sainte-Beuve_BalzacL'Académie française couronne, en 1917, Charles Géniaux pour un roman qui n'est, à ce moment, paru qu'en feuilleton. Le secrétaire perpétuel, Emile Lamy, trouve bien des qualités à La passion d'Armelle Louanais, «l’épopée du silence. Un bourg de paysans muets, une gentilhommière, une église, une femme et un prêtre, que leur solitude fait plus importants l’un à l’autre: ici l’orage est dans les âmes, il s’y tait, il y étouffera. Si l’on eut dit il y a vingt ans: un écrivain composera un roman où deux personnages, qui n’agissent pas, ne parlent pas davantage, où les battements secrets de deux cœurs sont le seul mouvement de deux vies, où tout consentement, toute surprise d’un attrait humain sont anéantis dans le prêtre par une vertu que la tentation n’approche pas et prévenus dans la femme par un respect plus fort que l’amour, où la mort du prêtre vient avant qu’il ait eu rien à interdire, où la femme sous le deuil dont elle meurt à son tour reste fidèle à la religion de son secret, les maîtres des cénacles littéraires auraient pris en dédain l’indigence d’un tel sujet. Or cette œuvre a trouvé grâce devant notre goût rénové. Loin qu’il s’ennuie à la double austérité de cette morale et de cet art, il leur en a su un double gré. À ceux qui gardent le culte de nos dons traditionnels, les deux personnages apparaissent semblables à ces statues voilées et dont les corps demeurent visibles et les visages expressifs sous les défenses des plis. Et à ceux qui accusaient notre littérature de chercher sa vie dans les licences malsaines, cette œuvre oppose la décisive réponse de sa chasteté et de son succès.»

1,99 euros

Ohnet_5Au cœur frais de la forêt est une transposition moderne du chef-d’œuvre de Longus. Daphnis et Chloé ne sont plus de jeunes Grecs, épelant la chanson d’amour parmi les orangers et les lauriers-roses. Ce sont des vagabonds, des mendiants de grand chemin. [...] Camille Lemonnier [...], au lieu d’isoler l’homme des conditions de sa vie physique, l’y plonge, l’y considère, le noie dans son milieu. Et nul n’a donné jusqu’ici, avec autant d’intensité, cette sensation, que l’être humain n’est qu’une forme fugitive de la nature, se confond, dans une certaine mesure, avec elle, et lui est attachée par des liens étroits et mystérieux. [...] M. Camille Lemonnier est un puissant artiste. (Adolphe Brisson, Les Annales politiques et littéraires, 25 février 1900.)

1,99 euros

Ohnet_6

Dans son dernier roman, Le «Décivilisé», Charles Renel nous montrait un blanc, sur le point de redevenir un primitif, brusquement reconquis par la tradition de sa race lorsque l’appelle la terre des aïeux. Cette fois, dans ce beau roman, La fille de l’Île Rouge, c’est uniquement l’amour qui retient captif un fils d’Europe dans l’admirable Madagascar. Le mari temporaire de la jeune Malgache comprend d’ailleurs bientôt qu’il y a entre leurs deux cœurs un mur mystérieux qui les empêche de se pénétrer. Voici un beau livre qu’il faut placer au premier rang de nos romans coloniaux. (Le Masque de Fer, Le Figaro, mardi 9 décembre 1924.)

1,99 euros

Août 2015

Rimbaud

Grande itinérante, femme indépendante, Ida Pfeiffer est une pionnière du récit de voyage. Cette Autrichienne, née à Vienne en 1797, a accompli deux fois le tour du monde et en a fait la relation dans des livres à succès, traduits en plusieurs langues.

Elle se met cependant en route tardivement. Avant de partir, il a fallu se libérer d’un mariage qui ne lui convenait pas. Quand elle dirige ses pas vers Constantinople et Jérusalem, elle a presque quarante-cinq ans. Mais, dès lors, rien ne l’arrêtera plus. Il lui reste une quinzaine d’années, et le monde est vaste.

Courant du nord au sud et d’est en ouest, elle a cependant manqué Madagascar. Elle embarque donc de nouveau en mai 1856. Au passage à Paris, les membres de la Société de Géographie tentent de la décourager. Madagascar ? Les circonstances ne s’y prêtent pas, la guerre s’annonce car la France se prépare, déjà, à la conquête de l’île.

Rien n’y fait. Il y aura bien quelques détours mais, dans les derniers jours d’avril ou au début de mai 1857, près d’un an après le début de son voyage, elle est à Tamatave. Puis à Tananarive, où elle fréquente Messieurs Lambert, grâce à qui elle a pu atteindre son but, et Laborde. Ce qui se fait de mieux, à proximité du pouvoir, en matière d’Européens.

Mais, en raison précisément de cette proximité du pouvoir, les intrigues deviennent complots. Ida Pfeiffer se trouve bien malgré elle entraînée dans une page agitée de Madagascar, sur laquelle elle offre un témoignage de première main.

Elle paiera ce voyage, son dernier, de sa vie. Il est probable en effet qu’elle a contracté, lors du trajet entre Tananarive et Tamatave effectué dans des conditions difficiles après avoir été expulsée en même temps que d’autres Européens, la maladie dont elle mourra après son retour à Vienne, en octobre 1858.

Son fils Oscar publiera donc l’ultime récit de voyage écrit par Ida Pfeiffer en forme d’hommage posthume à une audacieuse aventurière.

2,99 euros

Juillet 2015

Rimbaud

Faut-il être rimbaldolâtre, selon l’appellation de Jean-Michel Djian (Les rimbaldolâtres, Grasset, 2015), pour exhumer un texte d’Isabelle, sœur d’Arthur, où il n’est quasiment pas question de celui-ci ? Nommé trois fois au passage, c’est tout. Arthur Rimbaud est mort depuis plus de vingt ans quand Isabelle, en août 1914, se trouve placée devant le danger : la guerre est déclarée et elle se trouve, avec son mari, à Roche, en Ardenne, très près, trop près d’un front qui ne tarde pas à se constituer.

En cinq livraisons du Mercure de France, de juillet à septembre 1916, elle donne les souvenirs de son exode. Dans les remous de la bataille a été publié en volume l’année suivante, celle de sa mort, traduit en anglais en 1918 et complété de passages censurés (nous les reproduisons entre crochets et en italiques) dans un volume de Reliques paru en 1921. Depuis, ce texte semble ne pas avoir été réédité. Nous n’en avons du moins pas trouvé d’autre trace plus tard. Il était temps de rendre accessible ce qu’André Salmon pensait être « l’un des plus beaux livres de guerre », ajoutant : « et qu’on ne cite jamais. »

Certes, ce ne serait pas l’avis du chroniqueur qui rendit compte de l’ouvrage dans la Revue Militaire suisse. Il ne comprend pas en effet comment on peut s’intéresser « à Nelly, à Émilie, à Hélène, ou même à la bronchite de Pierre, alors que nous ignorons ces personnages, que nous savons d’eux seulement leurs hésitations à agir ». Il ne voit que de rares passages à sauver : « Ici et là, quelques lignes décrivent de façon vivante un convoi d’émigrés, une entrée de troupes françaises à Reims. »

Bien sûr, s’il cherchait des récits de bataille et une vision stratégique, ce lecteur est resté sur sa faim. Louis des Brandes, dans Études, perçoit l’ouvrage tout autrement : « Ce qui est vraiment neuf, dans ce volume, et rendu avec une simplicité pleine de force, c’est le récit des jours tragiques qui précédèrent et suivirent, à Reims, la victoire de la Marne. » Il y trouve des pages viriles et, s’il déplore le passage de la censure, il conclut avec enthousiasme : « Ce petit volume l’emporte de beaucoup sur la plupart des ouvrages similaires : c’est un document rédigé par un témoin dont les convictions profondes non seulement n’altèrent en rien, mais aiguisent la lucidité. »

Les « convictions profondes » auxquelles il est fait allusion rapprochent, il est vrai, l’auteur de l’article  et Isabelle Rimbaud dans une foi chrétienne commune.

S’il faut trancher, sans les réconcilier, entre l’odeur de la poudre et celle de l’encens, on laissera le dernier mot au rédacteur anonyme d’un article qui suivit de peu, le 1er mai 1917 dans La Nouvelle Revue, la publication de l’ouvrage :

« Madame Isabelle Rimbaud nous apporte le récit le plus intéressant, le plus sincère, le plus vrai qui ait, jusqu’à ce jour, paru sur les tragiques événements d’août-septembre 1914 ; récit entièrement digne, par la simplicité et l’élévation de la pensée et de la forme, du nom que porte la sœur du grand poète Arthur Rimbaud.

« Bien que cet ouvrage affecte la forme d’un journal, il ne s’en construit pas moins selon la courbe et le rythme d’une œuvre de premier ordre ayant pour centre et principal personnage la cathédrale de Reims. Madame Rimbaud a vécu, comme elle le dit elle-même, dans les remous de la bataille. La guerre la trouve dans les Ardennes d’abord, et l’entraîne avec nos armées en retraite. À Reims elle voit passer le flux puis le reflux de l’invasion, et c’est la joie du retour de nos troupes, vite balayée par les terreurs du bombardement. Le sacrilège enfin se déchaîne ; la cathédrale, dont la beauté domine le livre comme la ville, est blessée à mort.

« D’un bout à l’autre de ce livre, les impressions et les visions sont notées dans un style très simple, très pur, très net, qui atteint parfois tout naturellement le ton de l’épopée. Le lecteur est saisi, se passionne, halète devant ces tableaux inoubliables du drame sans précédent qui fait trembler la Terre. »

1,99 euros

Juin 2015

Magascar1914Baillon ayant été aussi journaliste, vient de nous donner: Par fil spécial. Un beau sujet! C’était amusant de le chiper à Pierre Hamp, et de le traiter comme Pierre Hamp ne le traitera jamais. Pierre Hamp aurait tout dit sur la matière, et y aurait ajouté quelque chose. Baillon ne dit que ce qu’il a vu, comme il l’a vu, et ne dit pas tout, et, ma foi! n’a pas l’air d’ajouter, d’inventer quoi que ce soit… Baillon, journaliste, a fait un livre charmant sur le journalisme, une histoire de servitude gaiement comprise, l’histoire de Baillon qui échappe facilement à la servitude par une poétique philosophie. Oui, mais Baillon n’a pas tout dit, loin de là. Et ce qu’il tait, c’est la raison pour laquelle on fabrique si mal un journal. Mon ami Baillon, vous avez bien de la chance d’aimer en psychologue et de travailler en poète: vous, si malin, vous manquez un peu de méchanceté… Nous vous aimons, vous vous amusez fort, vous êtes un merveilleux peintre de vie, nous sommes contents de vous, mais non tout satisfaits. (Parijanine, L’Humanité, dimanche 30 mars 1924.)

1,99 euros

Sainte-Beuve_BalzacC’est un drame rustique, farouche, émouvant, complexe, dont les personnages luttent et crient, et tuent pour l’honneur, pour l’argent, pour la terre surtout qui semble s’animer et devenir une vivante héroïne; tout cela est d’une intensité, d’une vigueur extraordinaires. À travers tout le livre il passe comme un large souffle, une senteur âpre et forte de nature et de vérité, et je ne crois pas que M. Camille Lemonnier ait rien écrit de plus poignant et de plus fort… (Ph.-Emmanuel Glaser, Le Figaro, dimanche 9 décembre 1906.)

1,99 euros

Ohnet_5« Le torpillage du Lusitania est un acte imbécile. Il rentre dans la catégorie des gestes brutaux et inutiles qui déclassent ceux qui les commettent. Il y a des mots que certaines bouches ne doivent pas faire entendre, des mouvements que certains personnages ne peuvent pas se permettre sans s’avilir ou se ravaler.

Pour une nation, l’attentat féroce et inepte que constitue le torpillage de ce transport équivaut à une dégradation. Il est lamentable que l’Allemagne ne l’ait pas senti. Ce qui est surtout grave, c’est qu’elle n’ait pas eu la compréhension de l’infamie qu’elle commettait. »

1,99 euros

Ohnet_6

Le trésor du capitaine William Kidd aurait été en partie retrouvé en mai 2015 par l'archéologue américain Barry Clifford et son équipe dans les eaux de Sainte-Marie, à Madagascar. La nouvelle a fait grand bruit, à hauteur de la réputation qui fut celle de l'homme exécuté à Londres par pendaison en 1701 après sa condamnation pour meurtre et piraterie.

L'écrivain américain Washington Irving (1783-1859) a utilisé le personnage de Kidd dans Tales of a Traveller, une suite d'essais et de nouvelles publiée en 1824 sous le pseudonyme de Geoffrey Crayon et traduite en français l'année suivante.

Les trois nouvelles réunies ici – encore la première a-t-elle plutôt la forme d'un bref essai – montrent la place occupée par William Kidd dans l'imaginaire américain de l'époque, une vingtaine d’années après sa mort.

1,99 euros

Mai 2015

Magascar1914Cette compilation d’articles donne la parole aux seuls colons et, parfois, aux politiciens qui les représentent (ou croient les représenter) en France métropolitaine. On ne s’étonnera donc pas de rencontrer souvent des avis aussi péremptoires que négatifs à propos des Malgaches, d’ailleurs nommés habituellement les "indigènes". Une seule exception, mais notable : La Dépêche malgache, journal créé à Tamatave (nous utilisons les appellations françaises des villes et, pour les noms malgaches, c’est au petit bonheur la chance, comme dans les textes originaux) en octobre, introduit dès son premier numéro une chronique piquante censée être écrite par un tireur de pousse-pousse qui y livre des réflexions en complet décalage avec la tonalité générale de la presse.

6,99 euros

Sainte-Beuve_BalzacEn septembre 1839, Sainte-Beuve publie dans la Revue des Deux Mondes un article qui n’a pas fini de faire parler de lui tant il semble avoir été écrit pour notre époque où la confusion la plus totale règne entre l’auteur, ses livres, sa notoriété, ses frasques, et mettez tout cela dans le désordre vous obtiendrez une image certes peu claire mais assez ressemblante de l’état de la librairie, au sens large. De la littérature industrielle occupe dix-sept pages de la Revue. Il répond à une lettre que Balzac avait publiée le 18 août dans La Presse.

Nous donnons en annexe la lettre, rarement jointe dans ce contexte, car sur elle reposent bien des arguments de Sainte-Beuve. Il déborde cependant d'une simple réponse. Le critique se plaint de ce qu’on écrit trop, et trop mal, sans se soucier de faire œuvre. Et les journaux qui acceptent les annonces payantes pour les nouveautés font naître le soupçon sur leurs articles littéraires, si bien qu’à la fin, au lieu de prospérer, le commerce du livre s’étiole puisque les lecteurs n’ont plus confiance dans la qualité de ce qu’ils achètent. La littérature industrielle est, selon Sainte-Beuve, un mal qu’il est nécessaire de contenir dans des proportions raisonnables, tâche difficile dans la mesure où tout semble fait pour qu’elle prenne le dessus.

On se croirait presque deux siècles plus tard. Sinon qu’on cherche le Sainte-Beuve d’aujourd’hui.

0,99 euros

Ohnet_5« L’affaire de Cuxhaven est une belle revanche prise par les Anglais de l’insulte de leurs côtes et du bombardement de Scarborough. Hambourg en a tremblé. Et ce n’est pas fini. Le raid des croiseurs, des submersibles et des hydroplanes est le premier essai d’une stratégie aéro-maritime qui ne peut que se développer d’une façon extrêmement intéressante. La flotte allemande, à l’ancre, au fond des baies fortifiées et dans le canal de Kiel, se croyait bien en sûreté. Brusquement elle vient d’apprendre qu’elle pouvait être attaquée. Sir Winston Churchill l’avait bien dit : Le dogue anglais ira, s’il le faut, chercher le rat allemand jusqu’au fond de ses trous. L’exécution a suivi de près la menace. Et les navires, les aéroplanes, les Zeppelins, tout ce qui dormait, attendant le moment de s’employer, a été réveillé par un coup de tonnerre. »

1,99 euros

Ohnet_6« Nos soldats auront la croix du mérite militaire. Elle leur était due pour leur endurance et leur courage. Mais cela ne suffit pas. Il conviendrait que cette croix du mérite militaire ne fût pas réservée qu’aux soldats et que les chefs pussent aussi la porter. Il faudrait alors créer des grades. Et, petit à petit, nous arriverions à cette distinction, entre les croix civiles et les croix militaires, qui est absolument nécessaire pour le temps de paix, et bien plus encore pour le temps de guerre. Il était déjà passablement choquant, autrefois, de rencontrer des négociants, des industriels, ayant à la boutonnière des rosettes de la Légion d’honneur, quand des généraux, ayant fait campagne, n’étaient encore que chevaliers. »

1,99 euros

Avril 2015

   

Au moment où no comment® éditions réédite, sur papier, Roman Vrac, premier roman de Jean-Claude Mouyon, la Bibliothèque malgache reprend les quatre fictions d'un écrivain pour qui le grand Sud de Madagascar était non seulement un lieu de vie mais aussi - et surtout - une source d'inspiration. Auteur de pièces de théâtre et radiophoniques, Jean-Claude Mouyon a été journaliste et s'est consacré à l’écriture dans le sud-ouest de Madagascar où il avait posé son sac. Il est mort le 22 décembre 2011.

Roman Vrac - Il faut les voir ces perdus de l’existence, Tai Be, l’Archi, LR, Caca Citron, le narrateur et tant d’autres… les voir pour croire en leur destinée au fin fond de nulle-part-sur-rien dans le sud squelettique de Madagascar. En prise directe avec le quotidien de leurs amis autochtones et la réalité abrupte d’un pays à la fois magique et désespérant. Une relation passionnelle. Ces trois courts romans réunis sous le titre générique de Roman Vrac, drôles, mordants, tragiques, reflètent les affres mais aussi les joies que connaissent les étrangers du monde entier. Et comme dit l'autre, si on n'est pas entrés dans l'histoire on reste becs et ongles bien ancrés dans la vie. Et qu'on se marre!

Beko ou La nuit du Grand Homme - Pratiqué dans les régions Sud de Madagascar, le beko est un chant polyphonique a capella généralement interprété par un groupe d’hommes, nommés sahiry, composé d’un récitant et de choristes. Perpétué depuis la nuit des temps par les ethnies du Grand Sud, le beko fait résonner sa litanie répétitive et gutturale durant les nuits où amis et famille du défunt sont réunis devant des feux et des bassines de rhum pour accompagner l’esprit du mort dans sa marche vers l’Est, là où vivent les ancêtres. Beko, le roman, n’est en rien une explication ethnologique du culte des ancêtres mais l’appropriation d’un fait social et culturel qui m’a permis de bâtir une fiction à partir de la structure rythmique et narrative d’une cérémonie revisitée en présence de ses acteurs : Grand Homme, le défunt ; les sahiry ; les vivants. Sur le thème d’une histoire policière inspirée d’un fait divers réel, Beko ou La nuit du Grand Homme se veut aussi un chant, une musique à la fois tendre et violente dédiée à l’extrême Sud de Madagascar et aux hommes libres qui y vivent, ceux qui souffrent mais ne pleurent jamais. (Jean-Claude Mouyon)

Carrefour - Carrefour est un livre bref, mais sa petite centaine de pages est bourrée de dynamite. Il se passe au cœur du cœur d'une ville dont le nom n'est pas donné (mais il est sur toutes les lèvres), c'est-à-dire près d'une gare routière, à la fin d'une route nationale que croise une rue plus locale grouillant de vie. Particulièrement ce jour-là, puisque s'y déroulent en même temps la préparation d'une campagne électorale et l'arrivée d'un reggaeman de réputation internationale. Jean-Claude Mouyon lâche les mots au rythme d'une mitrailleuse. Il multiplie les situations improbables. Et son humour fait mouche à chaque page. On sort de Carrefour essoufflé et heureux d'avoir vécu des moments inoubliables. Voici comment l'auteur présente lui-même son texte: Cette histoire je l'ai voulue joyeuse, jouissive, violente, excessive, habitée d'une tendre tristesse proche de la désespérance paradoxalement heureuse d'une population admirable. C'est l'histoire de la vie d'un carrefour sublime sans rond-point ni sens interdit où tout semble permis. Un carrefour fréquenté par des riverains exubérants qu'on n'invitera jamais à celui de l'Odéon ni au rond-point qui mène à l'Élysée. Mais là n'est pas le propos. Quoique… Ici aussi les personnages existent, le pays et les événements également mais ne comptez pas sur moi pour dénoncer qui que ce soit. Ainsi va la vie…

L'Antoine, idiot du Sud - Les trois courts textes qui constituent la trilogie de L’Antoine, idiot du Sud ont pour particularité d’être en apparence inachevés. Disons qu’ici l’auteur s’est amusé à jeter les bases de ce qui aurait pu constituer un seul roman, à jeter des fils et brouiller les pistes pour au final laisser le lecteur face à une œuvre abandonnée à son propre devenir. Un personnage et ses proches. Le Sud. Le quotidien. Trois ingrédients récurrents dans chacune de ces histoires qui sont autant de déclinaisons d’une idée romanesque reposant sur un unique socle. L’idée étant d’en avoir plusieurs et d’en proposer autant… Le concept aurait pu se dérouler à l’infini dans une série intitulée « Les aventures d’Antoine » mais trois longues nouvelles ou trois courts romans, au choix, c’est déjà bien suffisant, non ? Puisse la présence d’Antoine (dit l’idiot du Sud) tisser un lien de complicité avec ses lecteurs lesquels, je crois le savoir, ne sont avares ni de sens de l’humour ni de celui de gravité. Merci. Je vous laisse car Baba vient d’ouvrir. (L'auteur)

6,99 euros le volume

Beko ou La nuit du Grand Homme est disponible en édition papier dans toutes les bonnes librairies de Madagascar

BekoCarrefour et L'Antoine sont disponibles en édition papier, sur commande, chez Lulu

Mars 2015

Ohnet04« Un grand ralentissement s’est produit dans les opérations en Flandre. Les défaites de l’Yser, qui ont coûté si cher aux Allemands, semblent avoir brisé leurs forces. La Belgique est encombrée de blessés, et les morts ont été emportés, la nuit, dans des trains spéciaux. Les corps étaient attachés, par quatre ou cinq, pour être maniés plus facilement. Ils formaient ainsi des bottes de morts, comme des bottes d’asperges, à destination de l’Allemagne. Les survivants de ces massacres sont recrus de fatigue et il a fallu leur accorder un peu de repos, avant de recommencer l’effort qu’on nous promet décisif, chaque fois, pour le lendemain. Et puis, toute l’attention du grand commandement allemand est tendue vers la Pologne, qui est devenue le théâtre principal de la guerre. Notre rôle a été rempli, par nous, avec une admirable conscience. »

1,99 euros

ArrivisteFouiner dans les vieux journaux réserve parfois de jolies surprises. Celle-ci, par exemple : une série d’articles publiée dans L’Aurore à partir du 15 juin 1914, et à peu près jusqu’à l’interruption du quotidien – le numéro du dimanche 2 août 1914 annonce la suspension de la parution en même temps que le départ du directeur, Marcel Brossé, parti rejoindre son corps – il est chef d’escadron du 13e régiment d’artillerie.

Le feuilleton que voici détaille, chapitre après chapitre (courts, les chapitres), toutes les techniques à mettre en œuvre pour connaître le succès. Cent ans plus tard, rien n’a fondamentalement changé même si le contexte a évolué. Rapportés à notre époque, ces conseils ont gardé toute leur saveur. Cette série, intégrée à la rubrique Courrier littéraire, n’est signée que du pseudonyme collectif qui revient au bas de chacune de ces chroniques: Les Routiers.

0,99 euros

Renel_RaceCharles Renel (1870-1925) est resté présent à Madagascar puisqu’une école porte toujours son nom à Mahajanga, sur la côte ouest. Il fut directeur de l’enseignement dans la Grande Île au début du vingtième siècle et a écrit un certain nombre d’ouvrages sur le pays où il avait vécu et travaillé. À côté du plus célèbre, Le décivilisé, citons La coutume des ancêtres, La fille de l’Île Rouge, L’oncle d’Afrique ou La métisse, ainsi que des Contes de Madagascar.

La race inconnue, édité en 1910 chez Grasset, est un recueil de nouvelles qui mêle l’inspiration du conte traditionnel à l’observation de la vie quotidienne des colons français de son époque.

1,99 euros

Renel_CoutumeUn affrontement est au cœur de ce roman : celui qui oppose la tradition et la nouvelle religion importée par les vazaha, le protestantisme. Deux petits villages proches de Tananarive ont fait des choix différents. Et le jeune Ralahy, dont le père possède une idole sacrée, souffre des deux côtés. La première jeune fille avec laquelle il a fait l’expérience de l’amour a été chassée selon la coutume parce qu’elle était stérile – elle vivra ensuite dans la capitale avec un vazaha. La seconde, fille du surveillant du temple dans le village voisin, est empêchée par son père de fréquenter un incroyant. À cette trame sentimentale s’ajoutent des fléaux naturels ou humains ainsi que de multiples péripéties, au cours desquelles Ralahy fera un long voyage vers l’Ouest…

Charles Renel (1870-1925) a été directeur de l’enseignement à Madagascar et a écrit de nombreux livres sur ce pays.

1,99 euros

Février 2015

Ohnet02« Il y a juste cinq mois que nous vivons ces temps tragiques et comme le régisseur d’un théâtre – qui, pour la circonstance, est le théâtre de la guerre – je soulève, un instant, le rideau, et je parle au public. Nous sommes arrivés, dans la mise au jour de ces notes, aux événements qui se produisirent pendant la fin du mois d’octobre. Moment le plus angoissant de cette douloureuse période. Nous avons gagné la bataille de la Marne. Celle de l’Aisne est engagée et se poursuit furieuse. Allons-nous vaincre, ou succomber ? L’Allemagne sera-t-elle comme elle s’en vante : « Au-dessus de tout » ? La France va-t-elle, à coups de canon, la ramener à la modestie ? Heure terrible. Les deux plateaux de la balance oscillent encore. Lequel penchera sous le doigt de la Fortune, vers le triomphe final ? »
1,99 euros
Ohnet03« La bataille de l’Aisne, qui est devenue la bataille de l’Oise, puis la bataille de la Lys, est en train de devenir la bataille de la mer du Nord. À moins de nous mettre à l’eau, pour étendre notre mouvement enveloppant, nous ne pouvons pas aller plus loin. Après avoir canonné, assailli, massacré les Allemands, dans leurs lignes, depuis la Woëvre jusqu’à Albert, sans obtenir d’autres résultats que des tueries effroyables, qui ont à ce point éprouvé l’ennemi que dans les tranchées abandonnées par lui, sous des monceaux de morts, nous avons retrouvé des drapeaux, le commandement français a pris le parti de tourner la droite allemande. »
1,99 euros
GallotAntoine de Baecque, qui connaît L’art de marcher, a donné sous ce titre, en 2013, un ensemble de textes d’Yves Gallot, précédé d’une copieuse préface. L’ouvrage que nous publions, s’il lui ressemble, est néanmoins différent. Il reprend la genèse de ce qui allait devenir, en 1898, L’art de marcher et, en 1909, Souvenirs du célèbre marcheur Gallot.
Tout commence le 20 décembre 1896 dans le Journal des Voyages par un entretien avec l’étonnant marcheur Gallot, présenté comme une sorte de phénomène et qui ne rechigne pas à conter ses exploits. Si bien qu’il est invité à les partager plus largement dans les numéros suivants. Du 27 décembre au 14 février de l’année suivante, les lecteurs de l’hebdomadaire y lisent donc les huit livraisons des Souvenirs d’un marcheur, situés Au-delà des mers comme le précise un surtitre. Il s’agit en effet de ses aventures américaines, et il n’y est pas question que de marcher. Pour faire bonne mesure et à la demande de « nombreux lecteurs » (ils deviendront ses « nombreux amis » dans l’ouvrage publié en 1898), le feuilleton est prolongé par un article intitulé L’art de marcher.
On notera avec un sourire que si, dans le Journal des Voyages, la caution littéraire utilisée par Gallot était Paul de Kock, il utilisera ensuite les exemples plus prestigieux de Victor Hugo et de Jean-Jacques Rousseau.
1,99 euros
RégnierLes écrivains nous séduisent d’abord par leur œuvre. Mais les écrivains nous séduisent aussi par leurs lectures. Parfois parce que leur finesse apporte un éclairage inédit sur d’autres livres. Parfois parce qu’elles remettent en lumière un nom oublié.
Bernard Quiriny, écrivain apprécié pour ses nouvelles et son roman, critique littéraire lucide, a agi en passeur pour rapprocher de nous les textes si lointains d’Henri de Régnier. Henri de Régnier…
Ah ! bien sûr, on se souvient qu’il a existé, puisqu’on a croisé son nom ici ou là, généralement dans un contexte historique qui le tient à bonne distance et épargne le besoin de pénétrer dans son œuvre. Situé en parfait équilibre entre deux siècles – il est né en 1864 et mort en 1936 –, il semble aujourd’hui avoir été un notable des lettres dont les livres sont trop inscrits dans son temps pour avoir encore quelque chose à nous dire.
Et voilà que Bernard Quiriny affirme le contraire. Sans tenter de le hisser à un autre statut que le sien – écrivain mineur, c’est dit et ce n’est pas si péjoratif qu’il y paraît, – il en a fait, dans Monsieur Spleen (Seuil, 2013), non seulement un personnage digne d’intérêt, ce dont on se doutait un peu en raison de la place qui fut la sienne, mais aussi l’auteur de livres qui mériteraient d’être lus.
Que choisir dans l’impressionnante production de l’écrivain ? Bernard Quiriny a pensé à tout : il a désigné le premier ouvrage qui mériterait de revivre. « Le jour où on rééditera Régnier, il faudra commencer par les Histoires incertaines. Le fantastique connaît ces temps-ci un petit retour en grâce, qui s’explique peut-être par les mêmes raisons que sa vogue au XIXe siècle – dégoût du matérialisme, envie de réenchanter le monde, etc. »
Les voici donc à nouveau, ces Histoires incertaines situées, pour deux d’entre elles, à Venise, ville chérie par Henri de Régnier qui a souvent écrit sur elle.
Elles sont pleines d’une rêverie dont l’objet est presque indéterminé.
Elles mettent en scène des collectionneurs, des antiquaires, des érudits dans le décor de maisons anciennes chargées d’un passé mystérieux.
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Janvier 2015

Madagascar en 1913Madagascar dans la presse de 1913, c'est l'histoire d'une colonie racontée par les colons eux-mêmes.
Puisés dans les journaux métropolitains, dans les publications spécialisées ou dans les feuilles locales, les articles provoquent légitimement quelques poussées d'urticaire. Elles sont saines.
Anecdotes de la vie quotidienne, grands débats sur l'avenir de la Grande Île, grogne des uns ou des autres, l'ensemble est un portrait vivant et mouvant, sans commentaires.
6,99 euros
BalzacUne femme doit-elle retrousser sa robe en marchant ?
C’est l’une des questions fondamentales auxquelles Balzac parvient quand il publie, en 1833, sa Théorie de la démarche dans L’Europe littéraire. Il avait eu le projet, finalement avorté, d’intégrer à La Comédie humaine quelques textes qui, pour lui comme pour les spécialistes, sont devenus plutôt des annexes. Il imaginait « quatre ouvrages de morale politique, d’observations scientifiques, de critique railleuse, tout ce qui concernait la vie sociale analysée à fond ». Il a fait mieux que les imaginer, puisqu’il les a écrits, au moins en partie. Outre Théorie de la démarche, il y incluait Traité de la vie élégante et Traité des excitants modernes.
Mais c’est la démarche, ou la marche, qui nous intéresse ici pour ouvrir la collection dédiée à ce mouvement humain. Comment Balzac s’étonne qu’elle n’ait pas été davantage étudiée par les savants, quelle place elle occupe dans la vie sociale, ce qu’il peut en dire par l’observation et la réflexion. Tout cela avec un esprit de sérieux souvent démenti par lui-même : « Ici, je serai toujours entre la toise du savant et le vertige du fou. »
À bon entendeur...
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SpronckDans les entretiens qu’il a donnés à propos de Soumission, son roman paru dans les premiers jours de 2015, Michel Houellebecq reconnaissait volontiers que l’accession au pouvoir d’un parti musulman en France en 2022 était une hypothèse romanesque et peu réaliste.
Maurice Spronck, en 1894, n’envisageait d’ailleurs qu’à beaucoup plus long terme encore la fin de l’Occident tel qu’il le connaissait et que nous le connaissons encore. Sa fiction, L’an 330 de la république, s’ouvre en 2105 de l’ère chrétienne et couvre dix-sept années pendant lesquelles la France passe d’une société utopiste à de nouvelles guerres au terme desquelles l’Islam, entre les mains d’un chef de guerre, prend possession de l’Europe.
« Les barbares ont reconquis le monde. La civilisation est morte. »
Maurice Spronck, avocat né en 1861 et mort en 1921, a poursuivi une vocation d’écrivain et de critique littéraire. Il a collaboré, entre autres, à la Revue des deux mondes, à la Revue bleue, au Journal des Débats... Sa seule incursion, à notre connaissance, sur le terrain de l’imagination, aura été celle-ci et il a fini, comme tant d’autres, dans la politique, élu député de Seine quatre fois successivement en 1902, 1906, 1910 et 1914 et battu en 1919, deux ans avant sa mort.
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Ohnet1Georges Ohnet a écrit, comme beaucoup de ceux qui ont vécu ces années-là, sur la Grande Guerre.
Pourquoi exhumer son Journal d’un bourgeois de Paris pendant la guerre de 1914 ? L'auteur était, de son temps, décrié malgré son succès populaire, ou à cause de lui. Le témoignage du feuilletoniste, ses impressions de guerre, sa logorrhée de commentateur imprécis, tout cela représente malgré tout une pensée assez commune à bien d’autres Parisiens.
Elle tient du Café du Commerce ?
Oui, sans doute. Mais ces «longues» de comptoir nous disent un état d’esprit.
Et celui-ci mérite d’être connu.
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